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Poésie

D'un pas de flamme (poèmes)

"La poésie de Marina n'est pas de celle qu'on oublie une fois le livre refermé. C'est qu'elle recoud la terre au ciel, redonne à la vie ordinaire ses lettres de tendresse, et nous invite à faire nos premiers pas vers la lumière en marchant sur les eaux, ce que la vie sur terre ne cesse de réussir."

Christophe Jubien

Marina Poydenot D'un pas de flamme Éditions Unicité

Colloque "Poésie moderne et transcendance" (Couvent de la Tourette)

J'ai participé à cet ouvrage avec un entretien intitulé "Poésie et vocation à la croisée des voix" et des poèmes inédits. Comme l'écrit l'ami Stéphane Bataillon sur son site : "Des mots en compagnie de ceux de mes amis et collègues de plume Gilles Baudry, Michèle Fink, Colette Nys-Mazure, Paul Guillon, François-Xavier Maigre, Jean-Pierre Lemaire, Marina Poydenot ou Pascal Riou. Merci à Pascal David et Claire Hendrickx pour avoir organisé cette si belle rencontre donnant naissance à ce livre inspirant sur les forces du poème lorsqu’il permet de regarder plus grand."  

Du milieu de nos jours Poésie moderne et transcendance Cerf

Poèmes inédits



Bouquet de novembre


Coupé net, mais pas dans son élan vert menthol, rose neige
le bouquet pousse encore, horizontalement.

Lys blancs, roses de la Toussaint, gypsophiles élégantes
marguerites du Transvaal

chacun de ces prénoms est un charbon d'encens, longtemps 
longtemps après l'oubli de tout bouquet.

Marguerites du Transvaal, vallées oh traversées
agrippant le doigt des parfums — et quand ne reste plus

que tiges dépouillées, pistils en friche
alors paraît le bouquet réel : milliers de fleurs humaines

avec leurs tiges terrestres
et le fleurissement des morts de tous les temps, au ciel

gypsophiles célestes
appelées quelquefois « souffles de bébés ». 


Frênes

                                         

« Au téléphone j'entendais mes parents vieillir

et des copeaux de monde chutaient dans le noir
alors qu'ils me disaient : les frênes de nos forêts
meurent, un à un. »

Le jeune homme parlait à voix blanche, il brûlait

quand des gouttes de pluie crépitèrent
sur la vitre, allumées par un lampadaire : voie lactée
minuscules planètes, chacune avec sa vie

son atmosphère, ses graines 
de frêne

hélices douces, langues d'oiseaux.


L'été indien

                                                

La lumière d'été - il a été, l'été, il n'est plus
elle était presque une couleur et dans "presque" il y a
ce souffle où respirait le vert adorant des feuillages
le glaïeul orangé, la note bleue de l'air.

La lumière d'été s'est retirée du ciel comme la vie d'un corps
- est-ce que tout est mort ? - et là, dans la question
il y a le flamboiement des feuilles de l'automne
où s'est réfugiée la clarté, pourpre, vermeille, feu

avant de n'être plus qu'une bougie, à table
une ampoule qui chuinte la nuit dans ta chambre
et - je t'en prie, ton propre cœur.

Cœur crayonné

                                                                                 pour Muriel, Hugo et Milena


Deux ailes rouges, d'un rouge
soleil, un rouge tel
qu'il n'y a plus ni débat ni drapeau

juste l'humain, peau rouge, sac de sang.

J'aurais beau crayonner des cœurs bleus, verts, violets
c'est le rouge toujours
qui l'emporte et nous monte aux joues

lui qui vole sur place, aile multipliée
avec, dans sa pliure

rien, qui bat la chamade.

Muriel, quand tu as déplié ce grand cœur en papier
comme un tour de magie

le soleil est entré par les yeux des enfants
puis la lune orangée, et les étoiles qui pleuvaient
doucement sur le chapiteau

et comme un souffle au cœur, Dieu.

Siméon


Avec les années, son sommeil est plus fin
qu’une feuille de papier.
Il devine, à travers la trame
une note argentée, qui devient la voilure
venteuse de la pluie, devient le ciel gris
de mars, au matin.

Presque plus d'épaisseur entre lui
et le monde. Il a vu si souvent
au printemps les pivoines trembler sur leurs tiges
qu'elles sont ses propres os
dont la corolle pousse, invisiblement
dans le monde à venir.

Et voici la pluie qui bat
comme le cœur d’un nouveau-né.
Vite, il faut sortir, suivre l'exil des gouttes
vers le lieu où Dieu se fait pluie
mais chacun de ses pas lui arrache une larme
le poids d'une âme d'homme.

D'un bord à l'autre


Quelle aventure, pensa le petit cheval
sanglotant, se roulant dans l'herbe douce et drue
qui n'avait jamais cessé de pousser
d'un bord de l'univers à l'autre.

Le jeune homme était mort et l'infirmière en pleurs
retirant le harnais du respirateur
observa, près de la poitrine
un brin d'herbe, si vert dans la neige des draps.

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